Yves, un fils caché ?
Les cartes postales de ma famille datant de la Première Guerre mondiale ont longtemps été entourées d’un mystère. Toutes proviennent de mon arrière-arrière-grand-mère, Yvonne LOISELET, qui les collectionnait avec passion.
Une mystérieuse signature
La plupart des cartes sont datées entre 1915 et 1916. À cette époque, le père d’Yvonne, Charles LOISELET, est mobilisé au front. Yvonne reçoit donc déjà de nombreuses cartes lui donnant des nouvelles du front. Elle a également récupéré plusieurs des cartes que Charles avait pu recevoir sur le front. Mais parmi ces cartes, deux ont particulièrement attiré mon attention.
Plusieurs d’entre elles adressées à Charles LOISELET sont signées de la part d’un certain Yves. Ce dernier signait ses cartes en écrivant : « Ton fils qui t’aime très fort ». Sauf que… Charles n’a eu que deux filles, Yvonne et Jeanne.
Yves, un fils caché ?
J’ai donc naturellement pensé que Charles aurait pu avoir un fils dont j’ignorais encore l’existence. J’ai posé la question directement à mon arrière-grand-mère. Charles, c’était son grand-père. Mais mon arrière-grand-mère n’en avait jamais entendu parler.
L’idée d’un fils caché a donc rapidement traversé mon esprit. Mais les recherches dans les archives n’ont rien confirmé. Yves restait un fantôme : aucune naissance, aucun recensement, rien. Alors j’en suis restée là, sans réponse pendant un temps.
Quand tout s'éclaircit
Puis, un jour j’ai de nouveau abordé le sujet avec mon arrière-grand-mère. Je lui ai redemandé si Yves ça ne lui disait vraiment rien. Elle a alors simplement répondu « les sobriquets c’étaient courant à l’époque ». Sans aucune autre précision.
Et là j’ai eu une lumière. Mon arrière-arrière-grand-mère s’appelait Yvonne. J’ai alors repris les cartes signées Yvonne et celles signées de la part d’Yves. Et c’est apparu comme une évidence : Yves et Yvonne sont la même personne. Tout était sous mes yeux. Il a suffit de comparer le ductus et le style d’écriture pour se rendre compte que c’était la même personne qui écrivait sous les deux noms.
Comme quoi, en généalogie, la réponse est souvent évidente. Il suffit parfois d’un petit indice pour que tout s’éclaircisse. Et comme souvent, les témoignages familiaux sont souvent la clé pour lever ce que les archives ne peuvent pas raconter. Grâce à mon arrière-grand-mère, j’ai trouvé la pièce manquante du puzzle. Pas de fils caché, pas de secret de famille, pas de drame, juste un surnom. Tout est bien qui finit bien.
Reste toutefois quelques questions. Pourquoi ce surnom masculin pour Yvonne ? Il s’agissait très probablement d’un jeu affectueux, d’une complicité intime propre à leurs échanges. Et pourquoi ce choix d’« Yves » ? Peut-être par ressemblance avec « Yvonne », les deux prénoms partageant la même initiale et une sonorité proche. Mais il ne s’agit là que d’hypothèses. Il restera donc une part de mystère autour de ce Yves.